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Pierre Semengue, l’assaut permanent

« Un brave général ne se rend jamais… même à l’évidence » (Jean Cocteau)

Camfoot

Ce n’est pas vraiment parce que j’ai été recalé au service militaire en 1971 pour cause d’élongation verticale inférieure à 170 cm que j’ai tardé à vous féliciter pour la nouvelle étoile qui vient d’être épinglée à votre épaule.

Le 15 août 2011
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De fait, me rappelant votre seule sortie connue dans le civil, en 1988, à la tête de la LINAFOOT, je devrais plutôt substituer à l’hagiographie de rigueur l’oraison funèbre qui s’impose dans votre situation. Malheureusement, face à l’insolente et inexplicable longévité de M. Zoah au MINSEP, je dois reconnaître que mes oraisons funèbres n’ont plus le poids d’antan. Cela dit, mon Général, je tiens à attirer votre attention, au moment où vous prenez la tête de la Ligue de football professionnel, sur deux ou trois évidences.

La première évidence est que vous n’avez pas le temps. Vous ne pouvez rien bâtir de solide en deux ans. Combien de temps pensez-vous qu’il faut, dans l’état de décrépitude actuel, pour créer une vraie ligue de football, élaborer des règles crédibles, instaurer un système de recours et d’arbitrage de griefs, éradiquer la corruption, insuffler l’esprit de respect des règles, recruter les personnes qu’il faut avec des missions précises ? Trois ans ? Cinq ?

Vous vous rappelez, n’est-ce pas, le défilé militaire du premier anniversaire de l’indépendance en 1961 ? Vous étiez déjà là. Vous avez remplacé le sinistre Charles Gros à la tête du redoutable Premier bataillon de l’armée camerounaise en Sanaga-Maritime ; vous avez laissé vos marques au Secteur militaire de l’Ouest (SMO) dès 1963. Mon Général, vous donnez de votre personne depuis plus de 50 ans. C’est beaucoup.

La deuxième évidence est que, manifestement, vous pensez que les hommes que vous avez commandés avec un certain bonheur depuis plus de 50 ans sont les mêmes que vous allez fréquenter dans vos nouvelles fonctions. Vous vous trompez. Je sais que je m’adresse à un ancien de l’École d’application de l’artillerie de campagne de Châlons-sur-Marne, mais je souhaite quand même, au bénéfice de mes lecteurs, vous renvoyer au Manuel du soldat en campagne, la bible des Armées, le compagnon et le code de conduite de tout militaire sachant militer. Question : « De quoi sont les pieds du fantassin ? » Réponse : « Ils sont l’objet de soins constants. » Question : « Que met-on dans son fusil ? » Réponse : « Une confiance inébranlable. » Question : « Quand doivent avoir lieu les défilés ? » Réponse : « L’après-midi s’il pleut le matin et le matin s’il pleut l’après-midi. » Question : « Que suit la balle en sortant du fusil ? » Réponse :  « Elle suit les règles de la balistique. »

Voilà, mon Général, l’état dans lequel ont été formés les hommes que vous avez commandés toute votre vie. Des hommes mus uniquement par le devoir d’obéissance. Des hommes qui ne posent pas de questions, qui exécutent les ordres sans rechigner ni chercher à comprendre. Vous n’en rencontrerez pas beaucoup dès maintenant.

La troisième évidence est que vous n’avez pas compris ou, pire, qu’on ne vous pas dit en quoi consistait votre mission. Face à M. Bruno Tagne, parlant de l’argent – le nerf de la guerre, n’est-ce pas ? – vous avez dit ceci : « Le gouvernement y a pensé. Si on veut mettre un football professionnel en place, je suppose qu’on a pensé qu’il faut de l’argent, notamment les subventions de l’État… ». Le gouvernement ? On ?

Mais il n’y a plus de « on », mon Général. On, c’est vous. C’est à vous de mettre en place une structure pérenne, de définir les contours d’une activité sur des bases professionnelles, d’offrir aux amateurs un produit de qualité. C’est maintenant à vous de penser pour nous tous. Et puis, vous devez comprendre une chose : l’État camerounais, qui peine à nous soigner, à créer de l’espoir pour les jeunes, à construire des routes décentes, à assurer la sécurité et à administrer la justice, n’a absolument pas pour vocation d’organiser une ligue de football professionnel ni de financer une telle activité qui ne profite qu’à un tout petit nombre de Camerounais.

Vous êtes maintenant au service d’une association privée chargée de faire fonctionner une activité sportive au Cameroun. Ce n’est pas le service public. Cette association, la Fécafoot, a pour rôle de trouver les financements, d’organiser les compétions et, accessoirement, de vous payer et de vous trouver des bureaux. Pas l’État camerounais. Cela, vous devez bien le comprendre, mon Général.

Vous avez été choisi, soit ! Il y a des choix pires qui auraient pu être faits. Je ne pense toutefois pas que vous ayez la moindre chance de réussir. La Fécafoot perd de sa crédibilité tous les jours et perdra à terme sa légitimité. Vous avez traversé les terribles années de la ZOPAC de Sanaga-Maritime et les meurtrières campagnes du général Max Briand (le « Viking », n’est-ce pas ?) en pays bamiléké. Vous en êtes sorti sans beaucoup de taches sur votre personne et sur votre réputation. Conservez ce crédit que vous avez auprès de vos compatriotes : n’y allez pas.

Leonidas Ndogkoti


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Vos commentaires

  • Le 15 août 2011 à 16:17, par Bryce En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    Tres bon post Mr Ndokotti, et surtout felicitations pour le recit et l’historique de ce soldat qui suivait les consignes des superieurs a la lettre meme au prix de la mort de ses freres Kmers.
    On aurait tout oublie’ s’il s’etait contenter de sa retraite, aujourd’hui on lui a recompense’ des services et crimes bien fait pour garder ses superieurs au pouvoir.
    De grace:Ligue professionnelle : La FIFA ne veut pas de Pierre Semengue

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  • Le 15 août 2011 à 16:55, par ck En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    Donc ce general est comme un Nazi. Je ne savais pas !!! Un « Nazi » qui entre dans la danse des satanistes (FECAFOOT) ! C’est grave !!!

    Les joueurs Bassa et Bamilike peuvent se demander s’il y a un sens de collaborer avec un un tel homme !

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  • Le 15 août 2011 à 18:28, par Bobill En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    Merci Léonidas, et je crois que cet imbroglio entre la ligue de football professionnelle et une Fécafoot déchue de sa fonction primaire, mais qui doit cependant financer l´installation de cette insulte de marionnette à la bêtement militaire de Zao.

    C´est comme si le Cameroun manque cruellement de jeunes hommes charismatiques compétents pour toujours prendre les mêmes zombies défaillants et leurs donner des responsabilités, qui les ont dépassées depuis un demi siècle. Quel est le mérite de ce « Moi pas besoin galon…souttez-moi du riz… ». En dehors des meurtres contre ses propres compatriotes, Semengue n´a pas de mérites et des qualités, qui cautionnent sa nomination à la tête du football professionnel au Cameroun.

    Il doit d´après moi, comme Slobodan Milosevic comparaître devant le tribunal des droits de l´homme de Den Haag pour crimes contre l´humanité et non jouer les sportifs intéressés. Voici vraiment l´erreur, que Michel Zoa ne devait pas faire et l´avenir nous donnera raison, car l´instauration du football professionnel au Cameroun prendra 2 ans de retard.

    Et de plus : Quand est-ce que les petits fils de Semengue travailleront pour le Cameroun, si leur grand père leur barre la route ?

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  • Le 16 août 2011 à 01:54, par MALABO En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    Ndogkoti POURRI,

    bon article mais une conclusion qui laisse à désirer. De quelle crédibilité parles-tu pour ce mercenaire-tuer sans scrupule ?

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  • Le 16 août 2011 à 05:19, par DannyDan En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    @ Bobill

    « Quand est-ce que les petits fils de Semengue travailleront pour le Cameroun, si leur grand père leur barre la route ? »

    Arriere grand pere tu veux dire !!

    JE me rappel tout petit vers 1990,1991 quand javais tout juste 5,6 ans, m’a grand mere m’avait formellement intedit de prononcer le nom « Semengue » au risque d’etre emmenE en prison par les policiers.

    Aujourd’hui, Vingt annees apres, il est toujours la, et jai toujours cette peur de dire des choses ou memede de demander des choses a son sujet

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  • Le 17 août 2011 à 06:34, par ttsafack En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    Monsieur Ndogkoti encore dans ce rôle très prisé qu’il affectionne tant : conseiller ! Ce qui m’a toujours marquer chez vous c’est le style ironique (même subtentiel) toujours présent. Mais bon vos articles il faut bien l’admettre sont un délice. Maîtriser le maniement de la langue de mollière et être cultivé en même temps n’est pas l’apanage de certains « journaleux ».

    Mais passons. Le sieur Semengue, ancien general de son état, dont vous faites état ici d’un passé à la fois peu élogieux et charismatique s’ennuie à la retraite. Y avz-vous pensé ? Il s’agit ici d’un officier supérieur de l’armée camerounaise qui à passé toute sa vie à être en mouvement, mouvements qui se sont avérés très souvent dangereux. Un homme d’action en somme. Le général s’ennuyait à chier et ne pouvait que sauter sur cette planche de salut pour quitter sa retraite de cafard. Je suis presque certain qu’il n’y a pas regardé par deux fois avant de ce lancer, trop content de la perspective alléchante qui s’offrait à lui. Je ne pense pas qu’il se préocupe outre mesure de la réussite de ’sa’ mission. Pour lui il faut qu’il bouge n’importe où, n’importe comment, qu’importe ? Que risque-t-il de bien grave ? Il est connu et jouit d’une côte favorable jusqu’au niveau supérieur de l’état. Ndogkoti écrit « Vous avez choisi, soit... ». Non il n’a pas choisi ou plustôt il a choisi de choisir. Oui il a fait le choix de l’abérence même : Croire qu’il est capable de mettre sur pied une ligue professionelle au Cameroun en l’état actuel des choses est tout simplement une abération ! Je vois d’ici certains se lancer dans un discours du genre « On juge le macon au pied du mur. » Mais ils n’existe même pas ce mur ! Roger Milla le relevait déjà il y a quelques semaines. « Une telle chose est pour le moment irréalisable au Cameroun » et conseillait aux joueurs de s’abstenir de toute participation à l’élaboration d’un tel projet. Mon général suivez le conseil de Ndogti n’y allez pas.

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  • Le 8 septembre 2011 à 09:49, par Mwana Afrika En réponse à : Pierre Semengue, l’assaut permanent

    Leonidas,
    J’espère que le « Conservez ce crédit que vous avez auprès de vos compatriotes » n’est pas le discrédit que les patriotes portent sur ce nervis des colons qui relate sa fierté d’avoir assassiné et collaborer avec ces derniers pour annihiler notre indépendance véritable. Peut être ce meurtier a-t-il du crédit auprès de toi, chacun parlant pour lui, il n’en pas auprès de moi.

    Je disconviens avec toi sur ceci : « n’a absolument pas pour vocation d’organiser une ligue de football professionnel ni de financer une telle activité qui ne profite qu’à un tout petit nombre de Camerounais. »
    C’est bien à l’état d’impulser un politique sportive, je concède que les priorités sont à hiérarchiser, mais nous ne devons pas opposer les domaines d’intervention de l’état, autant l’état n’a pas à gérer en ligne direct, autant l’état délègue, subventionne, impulse, accompagne. Tu peux élargir ta vision en vérifiant dans des pays sérieux voire même peu capitalistiques, que l’état donne les moyens au sport de se dérouler et performer, je sais que tu diras à Cuba ne n’investir que dans la santé et l’éducation, pas dans le sport, ou même de conserver ton prisme d’opposition, de refus de promouvoir le sport, mais cuba, pays sérieux aux petits moyens allie bien un investissement dans tous les domaines de réalisation de l’humain, sa formation, sa santé, son divertissement, sa culture et son sport. je m’amuse à lire nos combats d’arrière garde, et l’approche en faux problèmes, en maintien du statu quo, en refus de tester, corriger, améliorer et amender. Dans la vie, on part d’un point d’origine voire malgré la tautolie de départ, vers un horizon. Ce n’est pour moi pas un problème que nous commencions une organisation professionnelle du sport avec les équipements en l’état, que cette organsation, innove, imagine, propose ce qui sera la trajectoire vers un état final satisfaisant. Même dans les pays européens, l’état des infrastructure n’est pas de même niveau, et la qualité et standing des stades ne sont pas équivalents. Si la ligue professionnelle est fonctionnelle et se base sur un fonctionnement, une charte, des statuts en respect avec les règles de l’art en la matière, ce sera une situation, une configuration préférable à celle de maintenant avec une fédération construite sur des bases éloignées de l’atteinte des objectifs et n’ayant pas l’obligation des résultats.

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