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Mabouang Kessack : Tataw Stephen était superviseur des équipes nationales, mais « n’avait aucun salaire »

Radio Sport Info

Emmanuel Maboang Kessack est resté très lié à Stephen Tataw. A la suite du décès de celui qu’il continue d’appeler ‘’le Capitaine’’, l’ancien joueur du Canon de Yaoundé a accordé une interview à Radio Sport Info depuis la France. Dans cet entretien, Maboang Kessack évoque les raisons de la colère qui animait Stephen Tataw et qui l’ont poussé à se couper du monde du football, avant sa disparition le 31 Juillet dernier.

Le 4 août 2020
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Emmanuel Maboang Kessack quelques jours après le décès de Stephen Tataw, est ce que l’émotion est toujours vive ?

Oui elle reste vive ! Après le match de samedi dernier qui a réuni certaines anciennes gloires ici, venues pour rendre hommage au capitaine, nous sommes rentrés dans des réunions pour voir comment soutenir la famille éplorée. C’est vrai que le Capitaine avait plus besoin de nos actions de son vivant mais bon…On reste très peiné et choqué en tout cas.

La question que tout le monde se pose est de savoir pourquoi Stephen Tataw, capitaine de l’une des générations les plus importantes du football camerounais, s’en est allé de la sorte ?

Je peux vous dire que j’ai gardé un lien particulier avec lui puisqu’il était le Vice-Président du Rassemblement des Footballeurs Camerounais, association dont je suis le Président. Je suis donc bien placé pour vous dire que le Capitaine était très fâché et ce depuis longtemps. Fâché contre les dirigeants de la Fecafoot et contre nous ses anciens coéquipiers ! Il me disait d’ailleurs constamment que le jour de ses obsèques, il ne souhaite pas que certaines personnes viennent. Il disait que dans notre milieu, il y avait trop d’hypocrisie et de mépris surtout à son endroit. Il a eu besoin d’aide notamment à la disparition de sa femme et il n y a généralement eu personne (…) Le Capitaine Tataw ne vivait pas bien et c’est arrivé au point où il se déplaçait en moto taxi au vu et au su de tous. Sa voiture est restée en panne à la Fecafoot pendant des années et au lieu de l’aider à la réparer, les gens du foot ont plutôt préféré la lui acheter.

« Tataw vivait de mendicité et n’avait aucun salaire à la Fecafoot »

Comment le Capitaine Tataw pouvait il finir aussi mal alors qu’on se souvient qu’il a maintes fois occupé des postes à la Fecafoot ? Il est même l’un des anciens joueurs à avoir été très proche de tous les exécutifs qui se sont succédé à la Fecafoot depuis un peu plus de dix ans ! Il décède d’ailleurs comme superviseur des sélections nationales. Comment comprendre ce paradoxe ?

Oui mais on peut nommer quelqu’un sans que ce ne soit suivi d’un accompagnement. Moi par exemple, j’ai fait 5ans comme sélectionneur adjoint d’une équipe nationale sans jamais toucher un salaire ! J’ai même eu des problèmes avec ma femme parce qu’elle ne comprenait pas que je travaille sans être payé. Joel Epalle traverse la même situation actuellement après avoir servi le pays. Heureusement qu’ici en Europe nous gagnons nos vies autrement sinon nous serions morts nous aussi. Aller savoir si Tataw avait un salaire ? Quel poste occupait-il d’ailleurs ? Rien du tout. Le Capitaine vivait de dépannage ou si vous voulez de mendicité. Il n’avait pas de salaire. Voilà ce qu’était devenu le Capitaine des Lions Indomptables quarts de finaliste de la Coupe du Monde 1990, avec un Baccalauréat en poche s’il vous plait !

Dans son message d’hommage à Tataw Stephen, Samuel Eto’o vous a cité en évoquant une réunion organisée en juillet 2014 qui réunissait les Lions Indomptables toutes générations confondues. De quoi s’agissait-il concrètement ?

Il y a des choses que je ne peux pas vous dire pour l’instant. Sachez juste qu’en effet tout le monde était là ! Et c’était chaud bouillant. Il a fallu qu’Eto’o calme certaines ardeurs. Mais c’était violent. Tataw était insaisissable. Il en voulait à beaucoup (…)

Tout ce que j’espère, c’est que ce deuil réveille les consciences. Mfédé est parti presque dans les mêmes conditions, Massing aussi. Si la mort du Capitaine ne nous alerte pas, on va perdre toute cette génération parce que je vous assure que le torchon brule vraiment !

Mais avant qu’on ne vienne en aide à la génération 90, dites-nous ce qui se passe véritablement ?

Il règne l’orgueil, la méchanceté, les intérêts, l’égoïsme et la jalousie dans nos rangs. Certains d’entre nous pensent qu’ils ont joué plus que les autres ! Après la réunion de Juillet 2014 avec Eto’o, il y a déjà eu plusieurs autres réunions qui n’ont rien donné. Et pendant qu’on se livre en spectacle, certains anciens internationaux qui n’ont pas de voix pleurent et croupissent dans la misère. Je ne vais pas citer des noms mais beaucoup n’arrivent pas à manger.

« Tataw n’était pas un Capitaine lâche. Il était modeste, simple, poli mais pas lâche ».

Vous avez côtoyé l’illustre disparu sur les terrains. Quel genre de leader était-il ? Beaucoup ont dit que Tataw n’était qu’un Capitaine par défaut ou alors un Capitaine officiel ? Quel était son impact dans le groupe notamment en 1990 ?

Tataw était certes modeste, simple, poli mais il n’était pas lâche. Il avait de la personnalité mais c’est juste qu’il n’aimait pas avoir d’histoire avec les gens. Il encaissait beaucoup mais il restait quelqu’un de franc qui savait dire les choses. En 1990, il y avait des leaders de vestiaire comme Bell ou Ekeke mais Tataw était le Capitaine incontestable. C’est vrai qu’à un moment dans nos revendications on a pensé qu’il était de mèche avec les pouvoirs publics mais on s’est vite ravisé.

En 1994, par exemple…

Oui ! On a voulu le destituer. Simplement parce que Tataw ne parlait jamais dans les réunions. Du coup certains pensaient qu’au regard de la situation, il était trop tendre. Les gens auraient voulu le voir être plus violent envers les responsables. Mais il retransmettait toujours l’opinion du groupe aux autorités.

Pour terminer, comment entrevoyez-vous ses obsèques ?

Sincèrement je ne sais pas. Je me demande justement à quoi ça va ressembler. Le Capitaine quitte ce monde très fâché et il a dû laisser des consignes strictes à sa famille pour interdire ses obsèques à certaines personnes.

Entretien réalisé par Hervé Junior MENOM


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